Espèce protégée

Espèce protégée, par Mia Tex
Chronique Post-Trans – mars 2031. Extrait du recueil : « Espèces protégées »

27 mars 2031- Malgré les douleurs acides sous son crane défoncé, tordue en deux, Mireille fixe la jauge multicolore de son indice de vitalité sur le Vitalis « Watch Pro », bracelet resté intact à son poignet droit. L’indice grimpe vite. Comme elle avait bien fait d’accepter le complément « urgence nano » vanté par cette belle rousse, conseillère à domicile pour les assurances Zone-Ama, à la poitrine si convaincante, qu’une fois signé le contrat, elle l’enlaçait sur le canapé du salon et trompait son mari rencontré deux mois plus tôt. « Éléonore, quel prénom atypique pour une conseillère freelance en assurance » songeait Mireille en l’embrassant. Deux minutes trente s’étaient écoulées depuis son éjection du véhicule. « Et déjà indemne à 72% », se réjouissait Mireille la tête en tempête. Les gouttelettes de sang épais viennent de cesser de couler sur son lobe gauche glacé.
Lorsqu’elle avait repris connaissance quelques minutes plus tôt, son bracelet lui avait signalé sa mort imminente. Comme le lui avait affirmé Éléonore, deux jours auparavant, lovées sous la même couette, les micro robots « d’Urgence Nano », planqués sous sa peau s’activeraient là où le processus vital serait le plus critique. Elle les sentait sous son crane. « l’éjection m’a explosé le crâne et les côtes », constate Mireille, amère, reprenant quelque peu le contrôle de ses méninges. Un désespoir diffus tente de la gagner, elle esquive, pense à la finalité de cet accident. Sa cervelle boue. Prise de vertiges soudain, elle titube ressent une nausée inhabituelle, transcendantale, se ressaisit, se redresse, lutte. Elle cherche une comparaison permettant d’illustrer ce qu’elle ressent sous son crane et n’en trouve qu’une celui d’un bol dans lequel on aurait vomi, puis touillé abondamment le vomi tiède avec ses doigts, oui c’est exactement çà, des doigts patouillent sous mon crâne. Cependant je ne suis pas morte et cela reste le point essentiel. Puis elle vomit.

Malgré les douleurs multiples, Mireille quitte des yeux l’A95, se retourne péniblement , une Googold 701 blanche pliée sur le rail de sécurité envahit son champ de vision. Suivent les images en boucle de la violente sortie de route de son automat’ mobil « Googold 701 » blanche. Mireille se fige, tremble, revoit des flashs : tangage, crissement, hurlements, choc et crissement tangage, cris et encore cris. Les multiples décrochages de sa mémoire, l’incohérence des images la tétanise. Que foutent les nanos au fond de mon crâne ?

– peur – elle ferme les yeux –

« Retour à 100% dans 35 secondes », lui murmure son bracelet numérique. Mireille, yeux mi clos, éblouie par la sur-luminosité habituelle, sans verre protecteur, lunettes filtrantes brisées lors de l’éjection, observe une des roues à pneu blanc, décollée du sol, tourner à vive allure, alimentée, sans doute, par un cerveau moteur devenu cinglé. Un sifflement lancinant, signature sonore d’un cerveau moteur, la laisse indifférente tant les douleurs dans sa tète la cogne… à moins qu’elle ne soit sourde.
Ses capacités cérébrales s’améliorent à chaque seconde, surprise par la vitesse de la récupération, la fluidité de sa mémoire, les images associées à l’accident reviennent, presque plus vraies que nature, elle remarque qu’aucune émotion n’y sont associée. Les nanos robots gommeraient-ils le stress des souvenirs à leur réimplantation dans les zones cérébrales restaurées? Il me faudra lire en détail mon contrat d’assurance. Sonné, l’esprit de Mireille déambule à nouveau. Mireille peste contre l’insupportable blanc environnant, voitures, routes, arrêts d’urgence, rails de sécurité, véhicules, jusqu’aux vêtements, à l’exception des lunettes filtrantes bleues, tolérées. Ce blanc imposé par la loi recouvre tout objet créé par l’homme situé en extérieur. Mireille repense à l’époque « polluée », à la modification de l’article 1 de la constitution votée dans l’urgence, trente ans plus tôt, dans la panique du réchauffement climatique imminent. Depuis, toute production humaine, destinée à un usage extérieur, doit être blanche de façon à ne pas stocker la chaleur du rayonnement solaire.
Finalement « l’apocalypse climatique » ne ressemble pas du tout aux catastrophes imaginées par les humains, prédicateurs de fin du monde d’il y a trente ans, finit-elle par conclure. Un mince filet de fumée noire s’élève au niveau du filtre de la Googold 701 salement accidentée. Avec lui s’échappe une mauvaise odeur de porc grillé. Mireille, apathique, observe la fumée avec curiosité ; la volute noire s’immobilise puis rebrousse chemin vers l’intérieur de sa 701. Le système zéro pollution du véhicule entré en action, dans un silence total, aspire fumées et particules s’échappant maintenant de partout, les refoule vers l’intérieur. Au milieu du nuage de fumée s’épaississant dans l’habitacle, Mireille voit apparaître une ombre. Son mari se relève noirci, en fait à demi brûlé par les gaz polluants. Tiré de son état comateux par le manque d’air, Edgar colle son visage sur la vitre arrière, ses yeux rouges exorbités fixent sa femme. Il tente une sortie, sans résultat. Toutes les portières sont désormais verrouillées par l’ordinateur de bord pour contenir la pollution. La fumée devient plus dense, Edgar frappe la vitre avec son coude valide, frappe plus fort, fixe à nouveau sa femme, lui hurle quelques mots inaudibles. Éléonore lui avait décrit l’hypothèse de cet épisode difficile. Mireille, sans conviction, tente un sourire en direction d’Edgar, « un léger pincement de lèvres, suffira bien », ironise-t-elle à voix basse, complétant son rictus d’un petit coucou, du bout de ses doigts gantés de blanc. La densité de la fumée s’accroît encore dans l’habitacle. Tenir bon, pas question de lâcher si près du but. Une fois de plus Éléonore lui avait trouvée la solution : « apprends par cœur l’article 43 du code de la propriété concernant les cyber vehicules, si l’idée de déverrouiller les portières commence à t’effleurer récites-le ». Mireille crie : « article 43: seul l’automat’ mobile en lien avec la Base Globale est en mesure de prendre les bonnes décisions concernant les passagers bloqués dans le véhicule durant la période de dépollution. Il est interdit au propriétaire éjecté : – petit un, de tenter d’extraire un survivant, – petit deux, de tenter d’extraire un cadavre d’un véhicule accidenté, tout acte entraînant une augmentation de la pollution aux abords d’un accident est passible de dix mois fermes en centrale »  »… » Mort assurée dans les deux ans qui suivent, songe Mireille, en pensant à Pascal mort d’une leucémie deux ans après avoir passé dix mois en centrale. Les minutes glissent, Mireille tient bon, voit disparaître lentement, dans le brouillard anthracite, celui qui fut son amant, puis son mari depuis deux mois. « Madame, vous disposez de quarante-huit secondes pour lancer la procédure de divorce instantanée avant l’arrêt cardiaque de votre mari, l’informe son bracelet numérique Vitalis  »Watch Pro » si vous êtes pour, prononcez :  »je lance la procédure instantanée contre mon mari Edgar Martin », dans le cas contraire, dites :  »non je reste l’épouse d’Edgar Martin » , prononcez la formule de votre choix, après le signal sonore … BIP … ». « je lance la procédure instantanée contre mon mari Edgar Martin », vocifère Mireille sans hésiter, au bord de l’hystérie, des sanglots dans la voix, craquant comme des éclats de rire, puis elle se laisse tomber au sol, vidée.
Derrière la vitre principale de la Googold 701 apparaît lentement une main cloquée noircie, lentement les doigts bougent, le majeur se tend bien raide, tous les autres doigts se recroquevillent, après quelques secondes, les doigts se relâchent brutalement, la main disparaît définitivement. « Jusqu’au dernier souffle, ce mec aura su m’énerver par sa vulgarité et son coté revanchard », conclut Mireille en détournant les yeux de la vitre. Soulagée d’avoir tenu, d’en avoir fini avec la vulgarité de cette mauviette perverse et belliqueuse, elle se relève avec souplesse, ses mains se décrispent, ses ongles s’arrachent à ses paumes, des larmes de sang apparaissent à leur place. «Ce salop a-t-il été averti de la demande de divorce instantanée par son bracelet ou m’a-t-il entendu  »… » quelle importance, c’est terminé ». Plus éprouvée qu’elle ne se l’était imaginée lorsqu’elle simulait les étapes de cet accident avec Éléonore, Mireille décide d’utiliser son medium favori pour retrouver sérénité et clarté d’esprit. « Fixe et bloque, fixe et bloque », lui répète son coach de développement personnel à longueur de séance, Mireille concentre toi « fixe ton attention sur ton image mentale fétiche, tout doit s’effacer autour de toi, il ne doit rester que cette image c’est à présent ton unique univers, ensuite bloques ta respiration et répètes cette posture au moins trois fois, le jour où tu sentiras tes quatre lèvres se détendre simultanément, tu sentiras se densifier la sérénité puis t’envelopper » . Mireille visualise sans peine son image mentale fétiche favorite, les seins divins d’Éléonore, Mireille inspire, bloque, puis expire lentement. À la troisième respiration très profonde, un ruisseau tiède parcourt sa colonne vertébrale du point haut au chakra racine, une détente totale l’ emporte, Mireille s’ouvre au relâchement, la sérénité se densifie puis l’enveloppe comme une couverture de survie. Elle se promet d’en parler à son coach. Elle est à présent heureuse, c’est tous juste si elle saurait dire qui est Edgar Martin, le blanc, le blanc beau est blanc et ça suffit. Finalement « l’apocalypse climatique » ne ressemble pas du tout aux catastrophes imaginées par les humains, prédicateurs de fin du monde d’il y a trente ans, finit-elle par conclure.
Un mince filet de fumée noire s’élève au niveau du filtre de la Googold 701 salement accidentée. Avec lui s’échappe une mauvaise odeur de porc grillé. Mireille, apathique, observe la fumée avec curiosité ; la volute noire s’immobilise puis rebrousse chemin vers l’intérieur de sa 701. Le système zéro pollution du véhicule entré en action, dans un silence total, aspire fumées et particules s’échappant maintenant de partout, les refoule vers l’intérieur. Au milieu du nuage de fumée s’épaississant dans l’habitacle, Mireille voit apparaître une ombre. Son mari se relève noirci, en fait à demi brûlé par les gaz polluants. Tiré de son état comateux par le manque d’air, Edgar colle son visage sur la vitre arrière, ses yeux rouges exorbités fixent sa femme. Il tente une sortie, sans résultat. Toutes les portières sont désormais verrouillées par l’ordinateur de bord pour contenir la pollution. La fumée devient plus dense, Edgar frappe la vitre avec son coude valide, frappe plus fort, fixe à nouveau sa femme, lui hurle quelques mots inaudibles.
Éléonore lui avait décrit l’hypothèse de cet épisode difficile. Mireille, sans conviction, tente un sourire en direction d’Edgar, « un léger pincement de lèvres, suffira bien », ironise-t-elle à voix basse, complétant son rictus d’un petit coucou, du bout de ses doigts gantés de blanc. La densité de la fumée s’accroît encore dans l’habitacle. Tenir bon, pas question de lâcher si près du but. Une fois de plus Éléonore lui avait trouvée la solution : « apprends par cœur l’article 43 du code de la propriété concernant les cyber vehicules, si l’idée de déverrouiller les portières commence à t’effleurer récites-le ». Mireille crie : « article 43: seul l’automat’ mobile en lien avec la Base Globale est en mesure de prendre les bonnes décisions concernant les passagers bloqués dans le véhicule durant la période de dépollution. Il est interdit au propriétaire éjecté : – petit un, de tenter d’extraire un survivant, – petit deux, de tenter d’extraire un cadavre d’un véhicule accidenté, tout acte entraînant une augmentation de la pollution aux abords d’un accident est passible de dix mois fermes en centrale »  »… » Mort assurée dans les deux ans qui suivent, songe Mireille, en pensant à Pascal mort d’une leucémie deux ans après avoir passé dix mois en centrale.
Les minutes glissent, Mireille tient bon, voit disparaître lentement, dans le brouillard anthracite, celui qui fut son amant, puis son mari depuis deux mois. « Madame, vous disposez de quarante-huit secondes pour lancer la procédure de divorce instantanée avant l’arrêt cardiaque de votre mari, l’informe son bracelet numérique Vitalis  »Watch Pro » si vous êtes pour, prononcez :  »je lance la procédure instantanée contre mon mari Edgar Martin », dans le cas contraire, dites :  »non je reste l’épouse d’Edgar Martin » , prononcez la formule de votre choix, après le signal sonore … BIP … ».
« Je lance la procédure instantanée contre mon mari Edgar Martin », vocifère Mireille sans hésiter, au bord de l’hystérie, des sanglots dans la voix, craquant comme des éclats de rire, puis elle se laisse tomber au sol, vidée.
Derrière la vitre principale de la Googold 701 apparaît lentement une main cloquée noircie, lentement les doigts bougent, le majeur se tend bien raide, tous les autres doigts se recroquevillent, après quelques secondes, les doigts se relâchent brutalement, la main disparaît définitivement. « Jusqu’au dernier souffle, ce mec aura su m’énerver par sa vulgarité et son coté revanchard », conclut Mireille en détournant les yeux de la vitre. Soulagée d’avoir tenu, d’en avoir fini avec la vulgarité de cette mauviette perverse et belliqueuse, elle se relève avec souplesse, ses mains se décrispent, ses ongles s’arrachent à ses paumes, des larmes de sang apparaissent à leur place.
«Ce salaud a-t-il été averti de la demande de divorce instantanée par son bracelet ou m’a-t-il entendu  »… » quelle importance, c’est terminé ». Plus éprouvée qu’elle ne se l’était imaginée lorsqu’elle simulait les étapes de cet accident avec Éléonore, Mireille décide d’utiliser son medium favori pour retrouver sérénité et clarté d’esprit. « Fixe et bloque, fixe et bloque », lui répète son coach de développement personnel à longueur de séance, Mireille concentre toi « fixe ton attention sur ton image mentale fétiche, tout doit s’effacer autour de toi, il ne doit rester que cette image c’est à présent ton unique univers, ensuite bloques ta respiration et répètes cette posture au moins trois fois, le jour où tu sentiras tes quatre lèvres se détendre simultanément, tu sentiras se densifier la sérénité puis t’envelopper » . Mireille visualise sans peine son image mentale fétiche favorite, les seins divins d’Éléonore, Mireille inspire, bloque, puis expire lentement. À la troisième respiration très profonde, un ruisseau tiède parcourt sa colonne vertébrale du point haut au chakra racine, une détente totale l’ emporte, Mireille s’ouvre au relâchement, la sérénité se densifie puis l’enveloppe comme une couverture de survie. Elle se promet d’en parler à son coach. Elle est à présent heureuse, c’est tous juste si elle saurait dire qui est Edgar Martin, le blanc, le blanc beau est blanc et ça suffit.

Le protocole de remise en fonction du véhicule débute. L’automat’mobil se défroisse lentement. Les éléments de la carrosserie à mémoire de forme sans bruit se débossellent se refondent, par mouvement lents extrêmement précis, la 701 donne l’impression de se regonfler, d’ici une dizaine de minutes l’automat’mobil sera prête à reprendre la route.

Mireille marche maintenant autour du véhicule en oubliant presque ses côtes douloureuses. La façon dont elle s’est retrouvée hors de sa Googold 701 ? Elle a beau chercher, rien… le trou noir, pas le moindre début d’un souvenir. Un oubli des nanos ? L’éjection s’est certainement produite par la trappe inférieure, comme illustré sur les pubs 3D des assureurs, accompagnées d’un slogan personnel propre au profil de chaque client potentiel, puisé de la manière la plus légale dans la Base Globale. Mireille se souvient de son slogan taillé sur mesure: « Mireille, une fois éjectée vivante, tout peu changer ».
En fin de pub une voix accélérée débite sans souffle : par souci d’écolonomie, les véhicules sont prévus pour sauver uniquement leur propriétaire et peuvent abréger, puis réduire les passagers dont l’indice de vitalité tombé sous 45% au moment du choc ne remonte pas dans les 3 minutes suivantes. le choc. La réduction consiste en une transformation en carburant, une fois le ou les passagers abrégés. Mireille se souvient combien cette petite phrase a été le sujet principal de controverse avec Eléonore, avant de trouver comment l’exploiter.

Un hérisson, espèce protégée, avait surgi de nulle part devant la Googold 701. Analyse de la problématique, envoi de la demande d’autorisation de crash frontal fatal aux passagers, validation retournée par la Base Globale en quelques pico secondes, la googold braque brutalement, évite le hérisson protégé, fonce droit sur le rail et s’y écrase. A l’ instant où le véhicule braque et quitte la route, Mireille réalise qu’elle n’aura pas le temps de reprogrammer les données d’embarquement, puis plus rien. Une fois de plus Mireille vient de repasser le film de l’accident, sans aucune trace de peur. L’inquiétude la gagne présentement : a-t-elle eu le temps de modifier les données d’embarquement, aucune assurance là-dessus, pas la moindre trace de souvenir…

Le ronronnement du drone de la gendarmerie arrivé sur le lieu de l’accident sort Mireille de sa torpeur. Pas plus gros qu’un ballon de plage, le drone blanc scanne le véhicule encore quelques peu plié. C’est la première fois qu’elle va affronter un drone de gendarmerie. On les voit rarement pense-t-elle, on ne sait pas d’où ils nous flashent, où sont leur nid. Elle l’observe, oublie ses trous de mémoire autour de la reprogrammation. Le drone numérise plusieurs images des deux corps inertes à l’intérieur de la caisse froissée, celui d’Edgar Martin et d’une fillette dont les yeux tremblent comme deux mouches gazées. Le drone, ensuite, croise les données qu’il vient de recueillir avec la Base Globale. C’est la pure application du protocole de « jugement par la Base », sorte de jugement populaire moderne. Le drone, un gradé (capitaine) matricule BGA 17, se tient maintenant à un mètre de Mireille, distance administrative jamais remise en question depuis plusieurs millénaires. Il lui parle avec cette voix propre aux représentants des forces de gendarmerie synthétique, une voix trop humaine, très éloignée de la réalité :
« Très chère Mireille Martin, ex-femme potentielle d’Edgar Martin depuis trois minutes vingt six secondes, votre ex-époux potentiel se trouve temporairement en état de mort suspendue, voilà pourquoi durant la lecture du PV vous n’êtes que potentiellement divorcée.Conformément au code des assurances, vous avez, chère madame, été éjectée du véhicule au risque de polluer l’atmosphère, vous avez été ramenée à un taux d’indemnité vitale de 100%, vous êtes reconnue  »indemne » et responsable du remboursement des frais complémentaires non pris en charge par votre compagnie d’assurance de classe 3 pour les deux passagers de votre automat mobil au moment de l’accident ». …blablabla…
« La Base Globale vient de confirmer la validité de votre permis de  »laisser conduire » concernant l’ automat’mobile  »Googold 701 » immatriculé sur terre. Votre automat’ mobile vient de perdre cinq points, pour faute d’appréciation du nombre de passagers ayant entraînée la mort, il vous sera nécessaire de l’inscrire à un stage de récupération dans les deux mois… Il est à noter qu’une erreur de saisie des données de votre voyage semble être à l’origine de la faute d’appréciation de votre automat’mobile, une enquête vient d’être ouverte.

Mireille masque mal sa panique à l’énoncé de l’ouverture d’une enquête. Le picotement singulier de sa peau sous son bracelet Watch Pro la calme instantanément, il vient de lui injecter deux doses Stilnoxis ; la benzodiminine lui provoquait des délires légers.

BGA 17 continue son baratin. Son circuit de surveillance faciale, alerté par les cillements trop rapides des paupières de la femelle humaine au moment où il annonçait l’ouverture d’une enquête, le pousse à engager une fouille psychique fantôme comme l’y autorise son grade.Mireille maintenant totalement calme, sait, elle le sent, le drone tente de la percer pour connecter une sonde psychique à son cortex frontal, la lourdeur frontale s’accentue, elle sait aussi que son traumatisme crânien, bien que résorbé rapidement par les nanos robots implantés par sa mutuelle, interdit au drone un perçage neuronal supérieur au grade 4 et surtout trop profond. Ayant appris une technique de masquage psy efficace avec son coach, autour de son image mentale fétiche, Mireille s’y projette, rentre dans l’image,décide d’y être  »très active » comme jamais pour renforcer l’effet écran mental . Elle respire, bloque, inspire, à la troisième respiration, l’image mentale se déploie. Apparaît en kino panorama intérieur, l’image relief des seins de fée d’Eléonore. Mireille se dégante et de ses longs doigts, se voit les caresser du bout des ongles, de ses mains douces ensanglantées, elle les caresse en fait, elle s’en convint , elle rentre à présent dans l’image, elle chauffe, brûle, transpire, arrive à ressentir au bout de sa langue bandée, palpitante, les petits reliefs or autour de la pulpeuse pointe du mamelon plantureux. Ils sont là entre ses mains, les seins d’Éléonore, ronds comme des ballons, tendus, prêt sà exploser, fiévreux. Le mamelon sucé provoque ses papilles, les chatouillent, elle tremble de tout son être, aspire le téton à fond, son ventre tressaute, d’en haut de ses cuisses peut-être de l’intérieur de sa culotte maintenant mouillée, la voix du drone se fait entendre, Mireille est ailleurs , ne saisit pas l’urgence de se reprendre, la voix : « Vos revenus et vos points d’épargne permettent de compléter les frais engendrés par le travail des trois nanos-robots dans vos hémisphères cérébraux. Votre puce vitale diagnostique une fracture de deux côtes droites dues à l’éjection… ».
Sans qu’elle comprenne pourquoi la voix passe maintenant par son sexe, elle l’entend de dedans, elle s’en fout, Mireille, loin, sent qu’elle bloque la progression du drone dans ses lobes frontaux, elle accentue sa concentration. Mireille augmente la puissance de son acuité augmente la précision de son image mentale fétiche, suce et tète de plus belle le téton entêtant. Glissée loin dans son vagin la voix continue : « les fractures de vos deux côtes seront prises en charge aussi à 100% par votre compagnie »… De petits soubresauts bien connus la vibre de très profond, avant-garde de la grande marée, la jouissance arrive… La voix gronde maintenant au cœur de son ventre : « Cependant vos deux incisives cassées par le choc avec le verre contenant du whisky seront à votre charge, l’utilisation du biberon organique est obligatoire en voiture quelque soit le liquide absorbé ».
A cet instant précis le mot  »biberon  » soulève chez Mireille une vague additionnelle de lointaines jouissances, plaisir infantile de suçon, Mireille chavire, devient toute petite, suspendu par la bouche à la montagne de chair du sein gauche d’Éléonore perdu au milieu des étoiles. Mireille s’oublie , lâche un long râle et plus rien… BGA n’arrivant pas à passer la sonde psychique par le haut, tente depuis une bonne minute de la passer par en-bas. Surpris par les parasites produits par la force de l’image mentale entretenue avec fougue par Mirelle, le drone dans une confusion numérique complète – ses repères anatomique de la femelle humaine restant rudimentaires – fait une erreur fatale et confond lobe frontal avec vulve et fixe les longueurs d’ondes de la sonde psychique sur le clitoris de Mireille identifié comme étant le noyau accumbens de la sondée. Mireille surprise d’absence de plaisir perçoit l’urgence de remonter dans un état ordinaire de conscience, bloque une fois, sans succès, la seconde est la bonne, elle se retrouve là, face à la machine arrive à sourire à la caméra de BGA 17, sans ciller, malgré la douleur provoquée par le vol de son orgasme, une sonde psychique branchée sur son clitoris. Elle articule le plus calmement possible la phrase d’opposition légale: « Capitaine BGA 17 , il vous est interdit de dépasser le stade 4, vous connaissez mon état, je connais mes droits ». La machine obtempère sur le champ, découple la sonde en déphasant le champ d’ondes.
Mireille reprend contact avec son ventre, une forme d’anesthésie songe-t-elle, la quiétude s’y installe, le souvenir de contractions intenses, semble se diffuser réellement dans toute ses profondeurs, ou est-ce une hallucination.
« Où est passé l’essentiel de mon orgasme ? » Mireille est convaincue qu’il a eu lieu… mais ? Ce salaud de BGA, en passant par en-bas, aurait absorbé sa jouissance ? Il lui avait semblé avoir tout lu sur les PV par Base Globale et sur l’usage de la sonde psychique fantôme, mais aucun manuel, même celui de »l’automat’mobil club global » ne signalait cette pratique d’infiltrer la sonde par en-bas.
Comme pour oublier son orgasme disparu, elle zappe repense à ses incisives brisées dont l’absence entraîne un zozotement grotesque, au délicieux whisky qu’elle sirotait en riant avec sa fille juste avant l’accident. Elle s’imagine buvant un whisky single malt dans cette connerie mole de biberon organique, voilà où l’on en est arrivé, pense-t-elle, à boire du whisky au biberon. L’idée la dégoûte. Il reste à Mireille quelques principes datant du monde pollué.

La voix plus rapide presque sexy de BGA la rappelle à la réalité présumée:« En ce qui concerne Edgar Martin, née Guillotin, votre mari,et votre fille Forestine Martin, après analyse de leur état suite au choc, de vos revenus actuels, de votre épargne, la Base Globale conclut et ordonne, à l’instant, que vous n’êtes pas en mesure d’obtenir un crédit suffisant pour ramener, à un niveau vital économicolo-compatible ni votre ex-mari, ni votre fille. La prise en charge des compléments de soins par la CMU de votre région en faillite, vient d’être refusée par l’antenne locale de la BCE. En conséquence, et conformément à l’ordonnance citoyenne du 18 mars2028, ma belle Mireille, il t’appartient de choisir la solution qui te convient le mieux, soit les abréger immédiatement, soit choisir de les maintenir en semi vie ».
La voix du clone essoufflée, devient pâteuse : « sachant que les frais sont à ta charge Mimi chérie, tu auras alors trois ans pour augmenter tes revenus, avec ton cul ça devrait le faire poulette, et confirmer tes possibilités de remboursements de prise en charge des deux membres de ta famille, mais franchement, ma poule ton mec à plutôt l’air mal en point, t’en tirera pas grand chose ». Le drone articule mal. Il grogne plus qu’il ne parle, une grosse boule de porc ce BGA 17 remarque Mireille amusée. La boule blanche vibre tourne sur elle-même, professe des mots extérieurs à son vocabulaire standard, continue d’utiliser le tutoiement interdit pendant le service, rompt avec la distance réglementaire se frotte sur Mireille effrayée, s’éloigne enfin, soudain deux palpeurs, deux palpeurs de fouille gros comme de petites anguilles jaillissent d’un orifice du drone, foncent en direction de l’entrecuisse de Mireille, paniquée, elle tente l’image mentale, l’image ne viens pas, un reste de réflexe à l’ancienne la sauve du pire, elle assène un violent coup de sac à main fauche à la volé les deux palpeurs au moment précis ou ils allaient s’introduire sous sa jupe plissée blanche, les palpeurs voltigent à 5 mètres de Mireille pour finir se tortiller au sol.
BGA 17, capitaine de son état tombe net et s’écrase sur le bitume blanc, après avoir pris un bon coup de sac dans les palpeurs, la coque de plastique blanche se brise comme un œuf, les palpeurs rampent jusqu’au drone brisé, tentent de retourner dans le gendarme synthétique sans succès. Un liquide visqueux gris s’écoule de la carcasse d’un drone nommé BGA17 capitaine de son état, détruit en service par un orgasme féminin malencontreusement passé dans ses réseaux de graphènes cramés parles décharges électriques d’une jouissance de forte intensité bien au dessus de leur capacité. De l’épave éventrée, souillure sur le sol immaculé, sort une voix monocorde, elle indique à Mireille qu’un second drone devrait arriver dans 43 » accompagné d’un nettoyeur.

La Googold 701 entièrement défroissée abrège les deux corps dans l’habitacle, la seconde étape de réduction énergétique citoyenne les transformera en carburant suite à la demande de Mireille prise en compte dans le PV numérique achevé par le caporal BGA 43. Ensuite le nettoyage et le désenfumage des vitres et des selleries débutera.

Le caporal BGA 43 adresse à Mireille ses plus sincères condoléances, enchaîne et prie Mireille d’accepter ses excuses au nom de tout la ruche de gendarmerie pour cet incident regrettable. BGA 43 assure à Mireille: « toute la lumière sera faite sur cet incident sans précédent dans les annales de la BGA Globale, jamais un BGA, qui plus est capitaine, n’a eu un comportement a-programmatif de type hétéro » . Puis il la félicite de ses choix écolo-responsables concernant les passagers de son véhicule dont l’indice de vitalité, bien en dessous de 45%, lui aurait ruiné la vie si elle avait opté pour un retour à un niveau ecolomico compatible.
Mireille feint d’avoir été déchirée au moment de choisir, tout en repensant au coût d’entretien exorbitant de Forestine, modèle  »gamine 33 deluxe » et aux insupportables engueulades à son sujet. Edgar aussi borné que vulgaire l’a même frappée au visage et insultée le jour ou elle avait tenté de parler d’annuler la location de Forestine. Edgar profitait de Forestine âgée de 11 ans, les législateurs ayant laissé un flou  »adapté » lors de la rédaction du texte de loi définitif permettant ce genre de pratiques. Les statistiques parlent en leur faveur, elles révèlent la baisse de la pédophilie depuis l’arrivée des premiers modèles, particulièrement dans les rangs des ecclésiastiques, très gourmands du modèle Marie-Joseph vendu avec hymen rechargeable.
A la demande de BGA 43, Mireille envoie une signature neuronale au bas du PV numérique, puis remonte dans sa Googold 701 impeccable. Une douce odeur de pin parfume délicieusement l’habitacle. L’ordinateur de bord l’informe de la réduction des deux corps, l’opération a permis de remplir les réservoirs de la 701 de cinquante heures d’énergie organique. Mireille sourit, Edgar ne lui aura jamais rapporté autant. Quant à Forestine, Éléonore n’en voulait pas, mais au fond d’elle-même un petit pincement lui arrache un léger soupir empreint de remords.

Deux jours ont passé. Mireille marche sous une pluie fine le pas joyeux. La matinée s’annonce sombre/triste, pourtant après cette nuit câline, elle sort de chez son amante, Mireille chante. Elle chante parce que tout est terminé, un épisode pas très glorieux de son existence se termine… sans problème, elle pense a cette subtile complicité née entre Éléonore et elle durant la préparation de cet  »accident », rien désormais ne pourra briser cet amour pense-t-elle. Elle se dirige vers le quartier opaque, rendre à Gustave son micro-projecteur holographique. Elle tourne à droite, se glisse dans la petite ruelle s’arrête au 47, frappe deux coups rapides. Cette fois la pluie tombe drue. La porte s’entrouvre, elle se faufile rapidement. Confortablement assise Mireille questionne Gustave : « comment as-tu fait ça, l’animal effrayé figé devant la voiture en plein jour ! Moi même j’ai cru qu’il s’agissait d’un vrai hérisson, en tout cas ma 701 y a cru, c’était l’essentiel ». Gustave tout en servant un Whisky à Mireille lui demande si elle a déjà vu un hérisson, « non », répond Mireille. « eh bien ta bagnole non plus n’a jamais vu un hérisson » , Gustave entre deux bouffées jaunes continue : « elle n’a jamais vu de rat non plu… », Gustave rit puis reprend : « as-tu réinitialisé le nombre de passagers transportés à bord avant d’être éjecté ? » Mireille grimace : « tout est allé trop vite avant l’éjection, puis j’ai du perdre connaissance trop longtemps, l’éjection a été violente ».

« Mireille Lescar, épouse Martin vous êtes accusée d’homicide avec préméditation pour avoir tué votre mari, Edgar Martin et détruit votre fillette androïde dont le capital mémoire a pu être néanmoins sauvegardé par la Base Globale quelques instants avant le choc. Elle pourra de ce fait être entendue comme témoin assisté durant le procès. Après enquête la preuve a été faite que vous aviez communiqué à votre automat’mobile au moment du départ un nombre de passagers transporté inférieur à la réalité. Vous saviez de par vos connaissances professionnelles en cyberbalistique que votre véhicule serait déséquilibré s’il devait à cet endroit du trajet choisir un impact coté droit ou se trouvait votre mari non mentionné dans les informations obligatoires précédent un voyage. Il vous suffisait de trouver la raison qui pousserait votre véhicule à provoquer une sortie de route pour que votre véhicule reçoive l’ordre de percuter le rail de sécurité sous un angle de plus de 85 degrés sur la droite, mortel pour le passager. L’idée de présenter un obstacle prioritaire devant les roues de votre automat’mobile fut la votre ».

« Et voici comment Mireille Lescar s’y est prise Medasmes, Messieurs les jurés: elle a contacté dans le quartier opaque, un dénommé Gustave Lepoignar, petit hacker réputé pour ses « emprunts » de documents secret/écolo/défense au coeur de la base Globale. La suite vous la connaissez , mesdames et messieurs humains et cybers jurées, un micro projecteur holographique portatif embarqué, dissimulé sous la voiture projette l’image d’une espèce protégée ».

Le procureur se tait, l’avocate pour mineur cyber reprend « De plus le rehausseur de la fillette avait été fixé à droite et non au centre comme l’exige le code de la route ». Mercuriale est l’avocate cyber commise d’office pour assister la mémoire sauvegardée de Forestine entendue comme témoin. Le procureur général admet : « mais bien qu’ayant compris qu’il s’agissait d’une projection holographique, nous ne comprenons toujours pas comment la Googold a pu confondre l’image d’un rat projetée avec celle d’un hérisson. Les images visionnées de l’accident, issues de la boite noire de l’automat’mobile montrent clairement qu’il s’agit d’un rat hologramme et non d’un hérisson comme mentionné dans l’autorisation d’évitement accordée par la Base Globale, au véhicule ».

Un silence de plomb s’abat sur l’auditoire. cette question laisse penser à un défaut d’appréciation de la Base Globale. La Base Globale ne saurait pas faire la différence entre une espèce protégé et une espèce nuisible… Personne n’ose relever.

Mireille Lescar n’a écopé que d’un mois de prison ferme suite à plusieurs réductions de peine cumulables :
-Première réduction de peine, de dix ans à un an, Mireille accepte de purger son temps d’incarcération à la centrale de Belle fille. Elle participera à un travail écolo-responsable de déconstruction du cœur du réacteur numéro trois. La liberté conditionnelle lui est accordée. Sa Watch Pro reprogrammée en mode  »pénitence » lui permettra de circuler sur un périmètre défini autour du chantier de déconstruction.
– Deuxième réduction de peine de un an à 6 mois, la mémoire sauvegardée de la fillette androïde ayant témoignée en faveur de sa mère, décrivant comment sa mère tendre et aimante tentait de la protéger des perversions sexuelles de son défunt père, au risque de se faire agresser.
– Troisième réduction de peine : six mois à un mois, Mireille accepte la reconstruction de Forestine comme le lui a soufflé son avocate. De vives discutions avec Éléonore ont néanmoins amené Mireille a trancher en faveur de la réduction de peine, sans avoir l’accord d’Éléonore de prendre cette androide au milieu de leur couple.

Dans un mois, Forestine sera en mesure d’attendre sa mère, radioactive à sa sortie de la centrale. Il faudra douze ans à Mireille pour retrouver un niveau normal de radioactivité. Elle profitera des avantages donnés aux éco-citoyens ayant travaillé à verdir les cites nucléaires. Parmi les condamnés, elle rencontra des bénévoles de tous bords, mais pas un seul militant écologiste. Eléonore, ayant découvert son allergie à l’iode, ne pouvant se protéger de la radioactivité emmagasinée par Mireille en Centrale, a rompu bien avant la fin de peine.

Éléonore vient de rencontrer un mec reporté, qui adore sa poitrine, il a été reporté dans un corps disponible après avoir été aspiré quelques instants avant sa mort, grâce au fameux contrat  »Total Recall » de l’assurance K DICK & FOX, sinon il finissait abrégé avec son corps lors de l’accident criminel du 27 mars 2031. Eléonore l’adore, préfère son second prénom : Allan, elle évite Edgar et ne sait déjà plus trop pourquoi.

La porte laser du périmètre radioactif libère le passage Forestine, belle jeune fille de 18 ans à la poitrine de rêve se précipite dans les bras de ce qui fut autrefois sa mère, l’étreinte est amoureuse Mireille est heureuse, peu importe ce que lui ont coûté les frais de transformation et les taxes  »inceste » pour obtenir la dérogation permettant cette manipulation de genre portant sur la fonction et l’âge d’une androïde de salon.

Read More

Leave a Reply

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.