Rémy Beurion : « un auteur est là pour mettre le livre partout où c’est possible »

Publié en septembre dernier chez Aranea Editions, le livre de Rémy Beurion « Ta Belgitude… Ma Vierzonitude, chronique d’une ville qui n’était pas prête à la notoriété », connaît un beau succès en marge des supermarchés de la culture. À la veille d’une dédicace dans une laverie Vierzonnaise,  rencontre avec un auteur pas comme les autres qui conçoit les livres sont un prétexte aux échanges humains.

« Ta Belgitude… Ma Vierzonitude » est sorti au mois de septembre, quel a été l’accueil de vos lecteurs ?

Bon. Et les quelques retours, après lecture, ont été aussi positifs. Pas facile pêut-être de rentrer dedans. Ce n’est pas un roman, ni un essai, ce n’est pas une biographie de Jacques Brel, c’est, comment dire, une déambulation intérieure avec Vierzon pour décor, Jacques Brel pour personnage principal. Avec cette singularité que ce personnage est présent d’être trop absent. C’est le paradoxe de ce livre : il a été écrit sur un absent qui est tellement présent qu’il fallait en parler ! C’est dingue comme l’absence, d’un homme par exemple quelque part, envahit tout l’espace, déborde et oblige à s’en préoccuper.

Qui sont ceux qui vous lisent ? Des amateurs de Jacques Brel ? Des Vierzonnais ?

Il n’y a pas de portrait-type. Je dirai avant tout des curieux et des téméraires (sourire) qui se demandent comment on peut parler dans un livre de trois cents pages de Vierzon et de Brel dès lors que le Brel n’est peut être jamais venu à Vierzon et que Vierzon n’a pas fait grand cas de Brel depuis cinquante ans, date de la sortie de la chanson « Vesoul ». Et peut-être aussi, savoir ce qu’il y a tant à dire sur Vierzon ! Ben, j’y suis né, j’y ai grandi, j’y habite, je l’ai vu avant, et aujourd’hui. Je suis, je le pense, légitime pour en parler autant ! C’est peut-être cette curiosité qui fait que les lecteurs achètent le livre, espèrant trouver une réponse que moi-même je n’ai pas encore trouvé. Mais l’imagination domine et on peut tout raconter parce que rien n’existe !

Vous avez fait le choix d’aller directement au contact des lecteurs, parfois dans des lieux insolites. Pourquoi ?

Parce que les auteurs doivent aller aux lecteurs, pas seulement dans les salons feutrés et les librairies quand il en reste. Ma première dédicace, j’ai voulu la dédier à la librairie-maison de la presse qui a fermé ses portes le 11 juillet à Vierzon. Je me suis mis sur le trottoir, devant les portes closes, avec une table et une chaise, un samedi matin, jour de marché. J’ai beaucoup dédicacé, discuté. En fait le principal, c’est d’aller à la rencontre des gens, de les voir, de discuter d’égal à égal, pas que derrière une table, assis alors que le lecteur est debout. Il y a un décalage là. J’ai été invité à dédicacer dans une laverie automatique (samedi 24 novembre de 9h à 12h), un salon de coiffure, un garage ! Tout le monde lit ou est susceptible de lire aussi bien dans un salon de coiffure, que dans un lavomatic ou un garage. Il faut y aller. L’auteur est là pour mettre le livre partout où c’est possible, dans la rue, dans les bistrots, j’ai aussi été invité à dédicacer le livre dans un bistrot, le pied quoi !

Y-a-il une différence de perception de votre livre entre les personnes que vous rencontrez dans les salons et celles avec lesquelles vous échangez dans les lieux moins conventionnels ?

Dans les salons du livre, les gens s’attendent à voir des auteurs comme lorsque l’on va dans un supermarché, on sait qu’on y va pour faire les courses. Dans des lieux insolites, les gens n’attendent pas à voir un auteur. Dans la rue, à Vierzon, par exemple, j’ai mis le livre sur le trottoir parce que, derrière les portes closes de la librairie, il y en avait encore et ils ne pouvaient pas sortir ! Le livre est un pretexte pour parler du livre bien sûr mais de la vie, de la ville, des gens, de leur perception à l’écriture, la lecture, de Brel, des machines à laver. En cela, je pense à Léo Ferré, à son école de la poésie « on n’apprend pas on se bat ». A son Richard, « avec des problèmes d’hommes ». Le livre doit être un trait d’union. J’attends d’aller partout et même si je ne vends pas de bouquins, (désolé pour l’éditeur !), il y aura eu un contact, une rencontre, une discussion, peut-être un sujet de livre….

Votre livre a-t-il permis de faire avancer les choses à Vierzon quant à la « réhabilitation » de Jacques Brel ?

Le livre en lui-même non. Disons qu’il est boudé par les « autorités » locales, mais les autorités locales ne sont pas représentatives de l’ensemble des gens, et en cela c’est rassurant. Peu importe. Ce qui a permis de faire avancer un peu les choses, c’est le combat mené depuis 2007 avec plein de gens. France Brel est venue en décembre 2017, le même jour, on apprenait que la future place du centre-ville serait baptisée Jacques Brel. C’est peu en cinquante ans ! Mais si cela se réalise, ce sera un grand pas. France Brel est venue au salon du livre récemment. Elle reviendra peut-être pour l’inauguration de la place. Jacques Brel a sa place à Vierzon, il est chez lui.

Quels sont vos prochains projets d’écriture ?

Un livre sur la justice vue de l’intérieur, à travers les expériences hebdomadaires des audiences du tribunal correctionnel. J’écris un bouquin sur l’histoire d’un homme qui, un jour, s’aperçoit qu’au cours de sa vie, il n’a jamais été en présence de plus de deux personnes à la fois. Une allégorie finalement sur la grande solitude humaine. Et un bouquin sur les bistrots, enfin plusieurs, un roman et un livre sur les bistrots en eux-mêmes qui disparaissent. En fait, l’écriture est comme l’oxygène, sans, impossible de vivre.

es, Rémy Beurion va à la rencontre des lecteurs.
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